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Au pays des sans terres

La Non violence va-t-elle encore frapper l’Inde ?

Dans le cadre de mon BTS ACSE, j’avais l’opportunité de partir à l’étranger pour une durée de 5 mois. J’ai donc décidé de partir avec Frères des Hommes, ONG de solidarité internationale Française et Ekta Parishad, mouvement Gandhien Indien de paysans sans terres.

Après avoir effectué un stage d’Anglais avec Jean Marie Poirier, je suis donc parti auprès de ces paysans du 23 avril au 17 septembre 2006.
Lorsque j’ai contacté Frères des Hommes (FDH), ils m’avaient vaguement parlé d’un projet en Inde de faire marcher des paysans sans terres pour de nobles revendications. J’étais loin d’imaginer l’ampleur du projet.

C’est donc un dimanche soir que je suis arrivé dans ce pays démesuré de part sa population (de plus d’un milliard d’habitants), la richesse, la pauvreté, autant d’éléments contradictoires qui constituent la complexité et la réalité de ce pays.

J’ai donc choisi de réaliser mon expérience auprès de la majorité de la population c’est-à-dire les paysans. En effet, aujourd’hui les trois quart de la population est rurale. Lorsque l’on va dans les villages d’agriculteurs et que leur demande de présenter leur ferme, ils vous répondront dans la majorité des cas qu’ils ont moins d’un hectare de terre ou pire dans 43% pourcent des cas, ils vous diront qu’il n’ont pas de terres, qu’ils n’ont donc pas de ressources pour vivre. Ils sont exploités par les Zamindars, les gros propriétaires. On se dit alors que l’on est vraiment dans un autre monde que celui d’où l’on vient. Mais c’est faux, de plus en plus de pauvres paysans Indien perdent leur terre car des multinationales Européennes et autres s’accaparent des milliers d’hectares (voir SEZ ci-joint). Ainsi en septembre de cette année, 67 multinationales ont acheté 134000 hectares à des prix dérisoires.
Si les paysans sans terres étaient déjà présents avant l’indépendance de l’Inde il y a 60 ans, ils sont d’autant plus nombreux aujourd’hui. Chaque jour de nouvelles familles sont virées de leurs terres. Et nous parlons du pays qui possède un des taux de croissances les plus élevés au monde. Le phénomène n’arrange donc pas la majorité de la population.

Gandhi disait «  L’Indépendance politique de l’Inde est seulement la première étape de la vrai indépendance. La vrai indépendance sera quand les habitants de ce pays pourront vivre de leurs terres ».

60 ans après, ce problème est loin d’être résolu.

C’est pourquoi les paysans indiens d’Ekta Parishad et leur leader, Rajagopal marchent de villages en villages pour collecter les témoignages qui mettent tous le doigt sur un problème : l’accès à la terre. Ces marchent auxquels j’ai pu assister, sont très impressionnantes de part l’ambiance qui y règne mais aussi par l’impact qu’elles ont. Après une marche de 6 mois parcourant 3200 km à travers les villages, ces Indiens ont fait craquer le gouvernement qui a redistribuer des terres a 400 000 familles du Madya Pradesh (Etat du centre de l’Inde)

C’est donc dans ce contexte qu’Ekta Parishad entend organiser une grande marche, appelée Janadesh, de 350 km jusqu’à Delhi pour faire pression sur le gouvernement en octobre 2007 et faire appliquer une réforme agraire. Là, 100.000 personnes les attendront et bloqueront la capitale jusqu’à ce que le gouvernement adopte le mémorandum déposé le 20 septembre de cette année par les paysans. Ceux-ci entendent marcher sur les pas de Gandhi en menant cette action de manière pacifique et en étant appuyé par la fondation de paix de Gandhi. La balle est maintenant dans le camp du gouvernement.

Emmanuel Louail